Décennale
Décennale et changement d'activité : que faut-il déclarer ?
Une activité qui ne figure pas aux conditions particulières de votre contrat est en principe hors garantie : l'assureur ne vous oppose pas une réduction d'indemnité, il vous oppose une non-garantie. Dès que vous ajoutez un lot — l'étanchéité à côté de la maçonnerie, la pompe à chaleur à côté de la plomberie —, vous créez un risque nouveau que l'article L. 113-2 3° du Code des assurances vous oblige à déclarer sous quinze jours, par lettre recommandée. Le même réflexe vaut pour votre chiffre d'affaires réel, vos effectifs et votre recours à la sous-traitance.
Votre contrat ne couvre pas un métier, il couvre une liste
Ouvrez vos conditions particulières. Vous y trouverez une suite d'intitulés numérotés, tirés de la nomenclature d'activités que votre assureur utilise : maçonnerie et béton armé, couverture, plomberie, menuiserie extérieure. Ce n'est pas une description de votre entreprise. C'est le périmètre exact de ce que l'assureur a tarifé et accepté de porter pendant dix ans. Un lot absent de cette liste ne bénéficie d'aucune garantie, même s'il représente une part minime du marché, et même si vous le pratiquez depuis toujours. L'attestation que vous transmettez à vos clients ne fait que recopier cette liste : elle ne l'élargit jamais.
La date compte autant que l'intitulé. Les clauses types de l'annexe I à l'article A243-1 du Code des assurances rattachent la garantie aux travaux ayant fait l'objet d'une ouverture de chantier pendant la période de validité fixée aux conditions particulières. Autrement dit, c'est le contrat en vigueur le jour où le chantier s'ouvre qui répondra du sinistre, six ou huit ans plus tard. Un avenant signé après le démarrage ne rattrape pas les travaux déjà engagés. Les assureurs refusent presque systématiquement d'antidater une extension, et un expert judiciaire retrouve sans difficulté la date d'ouverture réelle.
Restent les travaux frontaliers. Une activité voisine n'est couverte que si elle relève nécessairement de la définition de l'activité déclarée dans la nomenclature, et les juges s'y tiennent de près. La Cour de cassation a toutefois refusé le réflexe du prorata mécanique. Dans un arrêt du 12 mars 2026 (3e chambre civile, n° 24-10.927), elle a censuré une cour d'appel qui avait ramené la garantie à 9,06 % du préjudice — la part de la maçonnerie déclarée dans un marché comprenant aussi charpente et menuiserie — sans rechercher si les désordres couverts justifiaient à eux seuls la démolition-reconstruction.
Non déclaré n'est pas mal déclaré : deux régimes, deux sanctions
On confond souvent deux situations qui n'ont ni le même fondement ni le même effet. La première : vous avez réalisé un lot qui ne figure pas au contrat. Ce lot est hors du champ de la garantie. Il n'y a rien à réduire, puisqu'il n'y a rien d'assuré. La Cour de cassation juge de longue date que la garantie de l'assureur ne concerne que le secteur d'activité professionnelle déclaré par le constructeur (1re chambre civile, 28 octobre 1997, n° 95-19.416, publié au bulletin), et cette solution est constamment reprise depuis. La comparaison entre le lot réellement exécuté et les intitulés portés à vos conditions particulières se fait toujours au cas par cas, contrat en main : c'est ce point précis qu'il faut faire vérifier par votre courtier avant d'ouvrir un chantier qui sort de votre liste habituelle. Beaucoup d'entrepreneurs espèrent une indemnisation partielle dans ce cas de figure. Elle n'est jamais acquise, et elle ne résulte pas d'un prorata mécanique : elle ne joue que dans la mesure où les désordres procèdent aussi de l'activité régulièrement déclarée.
La seconde situation vise les éléments qui servent à tarifer : chiffre d'affaires, répartition entre les lots, effectif, part sous-traitée, nature des ouvrages. Là, l'article L. 113-9 s'applique pleinement. Si votre bonne foi n'est pas contestée, l'indemnité est réduite dans le rapport entre la prime que vous avez payée et celle qui aurait été due si les risques avaient été complètement et exactement déclarés. Un chiffre d'affaires annoncé à 200 000 euros pour un réel à 600 000 peut ainsi diviser l'indemnité par trois, sur un sinistre qui se chiffre parfois en centaines de milliers d'euros.
Si l'assureur établit votre mauvaise foi, le régime change encore. L'article L. 113-8 frappe le contrat de nullité en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle ayant changé l'objet du risque ou diminué l'opinion que l'assureur s'en faisait. Le texte précise que la nullité joue même si le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre. Les primes versées restent acquises à l'assureur. Et le mécanisme d'inopposabilité de la nullité aux victimes, créé en 2019 à l'article L. 211-7-1, ne concerne que l'assurance automobile : il n'a pas d'équivalent en assurance construction.
Ce que l'assureur doit vous demander, et ce que vous devez lui dire
La fausse déclaration ne se présume pas. La Cour de cassation exige qu'elle procède de la réponse apportée à une question précise posée par l'assureur : c'est le questionnaire, ou la proposition d'assurance, qui fixe le terrain du débat. Conservez-en une copie signée et datée, avec les pièces jointes. Le jour où un assureur vous opposera une omission, ce document dira ce qui vous a été demandé, et ce qui ne l'a pas été. Beaucoup de dossiers se jouent là, bien avant l'expertise technique et bien avant le premier échange d'écritures.
Au-delà de l'ajout d'un lot, plusieurs évolutions méritent un courrier. Le passage de la maison individuelle au logement collectif ou à l'établissement recevant du public. L'augmentation sensible du montant de vos marchés. Le recours nouveau à la sous-traitance, ou son abandon. L'emploi d'un procédé qui sort des techniques courantes. Le périmètre exact de la technique courante est défini par votre contrat et évolue ; ne le présumez pas : demandez à votre assureur si le procédé que vous envisagez y entre, avant de l'employer. L'extension de votre zone géographique d'intervention. Chacun de ces points modifie l'appréciation du risque et entre dans le champ des circonstances nouvelles visées par l'article L. 113-2 3°.
Le délai de quinze jours, et ce que l'assureur peut faire ensuite
L'article L. 113-2 3° du Code des assurances vous impose de déclarer les circonstances nouvelles qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux, et rendent de ce fait inexactes ou caduques les réponses que vous aviez faites. Le texte fixe la forme et le délai : lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, dans les quinze jours à compter du moment où vous en avez eu connaissance. Ne vous contentez pas d'un appel à votre interlocuteur habituel. Un courrier daté et conservé vaut preuve ; une conversation téléphonique ne pèse rien devant un tribunal.
Votre assureur dispose alors de deux voies, décrites à l'article L. 113-4. Il peut dénoncer le contrat, la résiliation prenant effet dix jours après notification, en vous restituant la portion de prime correspondant à la période non couverte. Il peut aussi vous proposer un nouveau montant de prime : vous avez trente jours pour répondre, et passé ce délai ou en cas de refus explicite, il peut résilier. À l'inverse, s'il a manifesté son consentement au maintien de l'assurance après avoir été informé — en continuant à encaisser vos primes, par exemple —, il ne peut plus se prévaloir de l'aggravation.
Une extension d'activité se paie, et le montant varie fortement. Il dépend de l'activité ajoutée, de sa part prévisionnelle dans votre chiffre d'affaires, de votre ancienneté dans le métier et de votre sinistralité passée : ajouter une étanchéité de terrasse à un profil de maçon ne se tarife pas comme élargir une zone d'intervention. Notre guide sur le prix de l'assurance décennale détaille ces mécanismes. Si aucun assureur n'accepte de vous suivre après votre déclaration, la saisine du Bureau central de tarification reste ouverte : nous lui consacrons également un guide.
Les décalages qui se retournent contre vous six ans plus tard
Le maçon qui réalise lui-même l'étanchéité de la terrasse plutôt que de faire venir un tiers pour une demi-journée. Le plombier chauffagiste qui installe des pompes à chaleur depuis 2021 sans avoir touché à son contrat souscrit en 2017. Le plaquiste passé à l'isolation thermique par l'extérieur après une formation. Le menuisier qui pose désormais des vérandas, donc des structures. Le terrassier appelé sur un confortement de talus. Aucune de ces évolutions ne paraît spectaculaire sur le moment. Chacune crée une activité que le contrat ne nomme pas.
Le décalage se révèle tard, et toujours de la même façon. Un désordre apparaît, le maître d'ouvrage déclare, un expert est désigné. Son rapport identifie l'ouvrage en cause et le rattache à un lot précis. L'assureur compare ce lot à la liste de vos conditions particulières telle qu'elle existait à l'ouverture du chantier. S'il n'y figure pas, il notifie une non-garantie et vous répondez seul, sur les actifs de l'entreprise puis sur votre patrimoine personnel selon votre forme juridique. Entre-temps, plusieurs années ont passé : plus rien ne peut être régularisé.
Deux cas particuliers méritent votre vigilance. La reprise d'un chantier abandonné par une autre entreprise : vous intervenez sur un ouvrage déjà commencé, et la date d'ouverture de chantier à retenir devient une question délicate. Signalez-la à votre assureur avant de signer le marché. Et les marchés publics, où l'article L. 241-1 prévoit que le candidat justifie de son assurance : une liste d'activités incomplète peut vous coûter l'attribution du lot bien avant de vous coûter un sinistre.
La démarche, étape par étape
- 1
Relisez vos conditions particulières, pas votre attestation
L'attestation ne fait que recopier le contrat. Ce sont les conditions particulières qui font foi. Comparez, ligne par ligne, la liste des activités déclarées avec les chantiers réellement exécutés sur les douze derniers mois. Notez tout lot qui n'y trouve pas d'intitulé correspondant.
- 2
Nommez l'activité avec les mots de la nomenclature
Ne décrivez pas votre chantier, désignez l'activité. Les assureurs raisonnent par intitulés normalisés, et une activité voisine n'est couverte que si elle relève nécessairement de la définition de l'activité déclarée. Demandez à votre courtier la formulation exacte avant d'écrire, pour éviter un avenant qui ne couvre pas ce que vous croyez.
- 3
Écrivez avant l'ouverture du chantier concerné
L'article L. 113-2 3° impose une lettre recommandée ou un envoi recommandé électronique dans les quinze jours suivant la connaissance du changement. Mais le vrai repère opérationnel est l'ouverture de chantier : au-delà, l'extension ne rattrapera pas les travaux engagés. Datez, conservez l'accusé de réception.
- 4
Vérifiez l'avenant et l'attestation mise à jour
Lisez l'avenant avant de le signer : intitulé de l'activité, date d'effet, montants de garantie, franchise applicable. Réclamez ensuite une attestation actualisée portant la nouvelle activité, et remplacez celle que vous diffusez à vos clients et à vos donneurs d'ordre.
- 5
En cas de résiliation ou de refus, ne restez pas sans contrat
L'assureur peut résilier après une déclaration d'aggravation, avec effet dix jours après notification (article L. 113-4). Cherchez immédiatement une solution de remplacement. À défaut de toute offre, le Bureau central de tarification peut être saisi pour fixer la prime d'un contrat qu'un assureur devra délivrer.
Questions fréquentes
J'ai réalisé un lot non déclaré et aucun désordre n'est apparu. Suis-je tranquille ?
Non, tant que le délai de dix ans court à compter de la réception. Le sinistre peut se déclarer la neuvième année, et c'est le contrat en vigueur à l'ouverture du chantier qui sera examiné. Vous ne pourrez plus rien régulariser à ce moment-là. Déclarez l'activité aujourd'hui pour les chantiers à venir, et faites le point avec votre courtier sur les chantiers déjà livrés.
Mon assureur peut-il couvrir rétroactivement une activité que j'ajoute aujourd'hui ?
En pratique, c'est très rarement accordé. Les clauses types de l'annexe I à l'article A243-1 du Code des assurances rattachent la garantie aux travaux ayant fait l'objet d'une ouverture de chantier pendant la période de validité fixée aux conditions particulières. Un avenant produit donc effet pour l'avenir. Certains assureurs acceptent d'examiner une reprise du passé, sous conditions strictes et moyennant surprime, après audit des chantiers concernés.
Combien coûte l'ajout d'une activité sur mon contrat décennale ?
Aucun montant universel ne peut être avancé. Le coût dépend de l'activité ajoutée et de son niveau de risque, de la part de chiffre d'affaires qu'elle représente, de votre ancienneté dans ce métier, de votre sinistralité, du type d'ouvrages et de votre franchise. Une activité de second œuvre pesant 10 % du chiffre d'affaires ne se tarife pas comme une activité de gros œuvre ou d'étanchéité. Demandez un chiffrage écrit avant de vous engager.
Je travaille exclusivement en sous-traitance. Dois-je déclarer mes activités ?
Oui, dès lors que vous êtes assuré. Un contrat ne garantit que les activités qui y sont nommées, et cette règle ne dépend pas de votre position sur le chantier : un sous-traitant dont le contrat ne mentionne pas le lot qu'il exécute se retrouve sans garantie sur ce lot, exactement comme une entreprise principale. Vos donneurs d'ordre contrôlent d'ailleurs cette liste sur votre attestation avant de vous confier un chantier, et un intitulé manquant vous coûte le marché bien avant de vous coûter un sinistre. Sur votre situation particulière — ce que vous devez souscrire et à quel titre —, notre article consacré à l'assurance du sous-traitant BTP fait le tour de la question.
Si je déclare une aggravation, mon assureur peut-il résilier ?
Oui. L'article L. 113-4 lui permet de dénoncer le contrat, la résiliation prenant effet dix jours après notification, avec restitution de la portion de prime non courue. Il peut aussi proposer une nouvelle prime, que vous avez trente jours pour accepter. Ce risque ne justifie pas le silence : une omission découverte après sinistre entraîne des conséquences bien plus lourdes, jusqu'à la nullité du contrat en cas de mauvaise foi établie.
Mis à jour le par Evolitis Assurances, courtier en assurances immatriculé à l'ORIAS sous le n° 24000431.
Sources
- Article L. 113-2 du Code des assurances — obligations de l'assuré et déclaration des circonstances nouvelles (Légifrance)
- Article L. 113-4 du Code des assurances — aggravation du risque, résiliation et nouvelle prime (Légifrance)
- Article L. 113-8 du Code des assurances — nullité pour réticence ou fausse déclaration intentionnelle (Légifrance)
- Article L. 113-9 du Code des assurances — réduction proportionnelle de l'indemnité (Légifrance)
- Article L. 241-1 du Code des assurances — obligation d'assurance de responsabilité décennale (Légifrance)
- Annexe I à l'article A243-1 du Code des assurances — clauses types de l'assurance de responsabilité décennale obligatoire (Légifrance)
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 12 mars 2026, n° 24-10.927 — garantie décennale et activités non déclarées (Légifrance)
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 28 octobre 1997, n° 95-19.416 — la garantie ne concerne que le secteur d'activité professionnelle déclaré (Légifrance)
- Article L. 211-7-1 du Code des assurances — inopposabilité de la nullité aux victimes, limitée à l'assurance automobile (Légifrance)
Cet article présente le cadre général applicable. Il ne remplace pas l'examen de votre situation : vos garanties dépendent des conditions particulières de votre contrat.
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