décennale
Assurance décennale charpente métallique : ce que vous devez savoir

Une charpente métallique tient un bâtiment entier sur quelques dizaines de nœuds d'assemblage. Un entrepôt logistique de 6 000 m², un bâtiment industriel de grande portée, un hangar agricole : la ruine n'y est jamais partielle. Elle est totale, et elle emporte le stock, les machines et parfois l'exploitation du client. C'est ce rapport entre un défaut ponctuel — un cordon de soudure, un boulon de mauvaise classe, une hypothèse de charge trop optimiste — et une conséquence globale qui fait la particularité de votre décennale. Les plafonds standards du bâtiment courant n'y suffisent pas toujours.
Pourquoi une entreprise de charpente métallique a besoin d'une assurance décennale
Votre responsabilité se construit en trois temps, et l'assureur les regarde séparément. En atelier d'abord : un perçage décalé, un cordon de soudure présentant un manque de pénétration, un acier dont la nuance ne correspond pas au plan. Le défaut part sur le camion sans être vu. Sur site ensuite : le montage assemble des pièces lourdes en hauteur, et une structure partiellement levée n'a pas encore son contreventement définitif — c'est la phase où le vent fait le plus de dégâts, avant même la réception. Dans le temps enfin : un sous-dimensionnement ne se révèle pas au montage. Il attend que le client installe un pont roulant, suspende des gaines ou stocke plus haut que prévu. Le désordre apparaît alors trois ou cinq ans après la réception, et l'article 1792 du Code civil joue de plein droit dès lors que la solidité de l'ouvrage est atteinte. Votre contrat doit couvrir les trois temps, pas seulement le dernier.
Ce que couvre l'assurance décennale pour votre activité
Calcul et dimensionnement de la structure
Les charges d'exploitation retenues au départ décident de tout : neige selon la zone, vent selon le site et la hauteur, charges suspendues annoncées par le client. Un entrepôt calculé sans les gaines de sprinkler ou sans le pont roulant ajouté après coup se déforme sous une charge pourtant normale. La décennale répond de ces erreurs de conception dès lors qu'elles portent atteinte à la solidité. Vos notes de calcul et l'énoncé écrit des hypothèses retenues sont la pièce maîtresse du dossier, souvent des années plus tard.
Assemblages soudés et boulonnés
Un nœud d'assemblage concentre les efforts de plusieurs poutres. Trois défauts reviennent en expertise : un cordon de soudure sans la pénétration prévue, une classe de boulon inférieure à celle du plan, un couple de serrage jamais contrôlé sur les assemblages précontraints. Aucun ne se voit à l'œil une fois la structure peinte. Vos qualifications de soudeurs et vos procès-verbaux de contrôle non destructif ne sont pas de la paperasse : ce sont les éléments qui permettront de démontrer que le défaut ne vient pas de chez vous.
Protection anticorrosion et durabilité
Une charpente métallique ne vieillit pas seule : elle vieillit dans une ambiance. Un bâtiment agroalimentaire lavé au jet, un local de stockage d'engrais, un site en bord de mer n'appellent pas la même galvanisation ni le même système de peinture. Une corrosion prématurée qui réduit la section des profilés porteurs devient un désordre de solidité, donc décennal, si la protection retenue ne correspondait pas à la classe d'ambiance réelle du bâtiment. Faites préciser cette ambiance par écrit au client avant de chiffrer le traitement.
Atelier, transport et montage dans un même contrat
Beaucoup de contrats couvrent la pose sans nommer la fabrication. Or votre activité commence par du débit, du perçage et du soudage en atelier, se poursuit par un transport parfois exceptionnel, et se termine par un levage à la grue. Une déclaration d'activité qui ne mentionne que « charpente métallique » laisse une zone grise. Faites inscrire noir sur blanc la fabrication en atelier, le montage sur site et, si vous la pratiquez, la maintenance des structures livrées. Le tonnage d'acier posé dans l'année sert généralement d'assiette à la cotisation.
Exemple de sinistre
Déformation d'une structure sous charge d'exploitation
Vous livrez la charpente d'un entrepôt de 4 000 m² à un logisticien. Deux ans plus tard, le client installe un réseau sprinkler et des racks plus hauts. Les pannes fléchissent, les bacs de couverture ondulent, les portes sectionnelles ne coulissent plus. L'expertise démontre que la charge suspendue avait bien été annoncée au marché, mais qu'elle n'a pas été reprise dans la note de calcul. Le renforcement impose des poteaux intermédiaires, le doublement de plusieurs fermes et une intervention de nuit pour ne pas arrêter l'exploitation. Le dossier se règle autour de 120 000 € au titre de votre décennale.
Obligations et bon à savoir
Trois exigences structurent votre dossier d'assurance. La certification EN 1090, avec le contrôle de production en usine qui l'accompagne, est la première pièce demandée dès que vous fabriquez des éléments de structure : les donneurs d'ordre publics comme privés la réclament au dossier de candidature, et les assureurs s'en servent pour classer votre entreprise. Les qualifications individuelles de vos soudeurs viennent ensuite, avec leurs dates de validité — un certificat périmé le jour du sinistre affaiblit votre position. Vient enfin la traçabilité : notes de calcul datées, plans d'exécution visés, procès-verbaux de contrôle des assemblages, certificats matière des aciers. Sur le plan légal, l'article L. 241-1 du Code des assurances vous impose d'être couvert avant l'ouverture du chantier, et l'article 1792 du Code civil fait peser sur vous une responsabilité de plein droit pendant dix ans : c'est à vous d'apporter la preuve d'une cause étrangère, pas au client de prouver votre faute.
FAQ
La décennale couvre-t-elle la corrosion d'une charpente métallique mal traitée ?
Oui, dès lors que la corrosion prématurée résulte d'un traitement inadapté qui vous est imputable et qu'elle réduit la capacité portante de la structure. Le point de discussion est presque toujours le même : la classe d'ambiance du bâtiment était-elle connue et écrite au marché ? Un local agroalimentaire lavé au jet ou un stockage d'engrais n'appellent pas le même système de protection qu'un entrepôt sec. Faites préciser l'usage réel par le client avant de chiffrer.
Une entreprise de charpente métallique doit-elle assurer aussi la fabrication en atelier ?
Oui, et c'est un oubli fréquent. Un contrat qui ne mentionne que le montage laisse hors champ le débit, le perçage et le soudage réalisés chez vous, alors que c'est là que naissent beaucoup de défauts. Demandez que la déclaration d'activité vise explicitement la fabrication en atelier, le transport, le montage sur site et, si vous la pratiquez, la maintenance des structures livrées.
Que couvre la garantie en cas de sous-dimensionnement révélé plusieurs années après ?
Tant que le désordre apparaît dans les dix ans suivant la réception et qu'il porte atteinte à la solidité, la décennale reste engagée, quel que soit le délai écoulé. Le vrai sujet est ailleurs : la charge à l'origine du désordre figurait-elle dans les hypothèses du marché ? Un pont roulant ou un réseau sprinkler ajouté après coup sans étude déplace la discussion vers le maître d'ouvrage — à condition que vos notes de calcul datées le démontrent.
Une structure montée mais pas encore réceptionnée est-elle couverte par la décennale ?
Non. La décennale court à compter de la réception. Un effondrement pendant le montage, une structure couchée par un coup de vent avant la pose du contreventement définitif ou une pièce endommagée au levage relèvent d'autres garanties : tous risques chantier, RC exploitation, assurance de vos engins de levage. C'est une période particulièrement exposée dans votre métier, et elle mérite d'être couverte pour elle-même.
Sur quelle base se calcule la cotisation d'une entreprise de charpente métallique ?
Il n'y a pas de tarif de référence. L'assureur regarde la part de fabrication en atelier face au montage seul, le tonnage d'acier posé dans l'année, la hauteur et la complexité des structures, la valeur de votre parc de levage, les qualifications de vos soudeurs et votre certification EN 1090. La sinistralité passée est examinée en distinguant les sinistres de levage des sinistres de conception : ils ne pèsent pas de la même façon.
Portée de la garantie
Dix ans, à compter de la réception
Le point de départ
La garantie court à partir de la réception des travaux, pas de la signature du devis ni de la fin du chantier. C'est le procès-verbal de réception qui fait foi.
L'assureur concerné
C'est celui dont le contrat était en vigueur à la date d'ouverture du chantier. Changer d'assureur ensuite ne déplace pas cette responsabilité.