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Garanties

Parfait achèvement, biennale, décennale : les trois garanties après la réception

Trois garanties se succèdent après la réception, et elles ne se recouvrent pas comme on l'imagine. La garantie de parfait achèvement dure un an et répare tout, sans condition de gravité. La garantie de bon fonctionnement dure deux ans et ne concerne que les équipements qui se démontent sans toucher au bâti. La décennale, elle, court dix ans, mais seulement pour les désordres qui touchent à la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination. Un carrelage qui se décolle trois ans après la réception tombe donc entre deux chaises : il a dépassé les deux premières garanties, et il doit encore franchir la barre, plus haute, de la troisième.

Une même date, trois compteurs qui ne mesurent pas la même chose

Tout part de la réception. L'article 1792-6 du Code civil la définit comme l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage, avec ou sans réserves. À partir de cette date unique, trois garanties légales distinctes commencent à courir en même temps : la garantie de parfait achèvement, la garantie de bon fonctionnement — dite biennale — et la garantie décennale. Elles ne s'empilent pas comme des strates d'une même protection qui s'épaissirait avec le temps. Ce sont trois obligations séparées, avec chacune sa durée et son objet, et rien n'oblige qu'un désordre relève de l'une simplement parce qu'il aurait relevé d'une autre.

La confusion vient souvent d'une intuition fausse, entretenue par le langage courant qui parle d'une seule « garantie construction » évoluant dans le temps : on imagine une garantie totale la première année, qui se rétrécirait progressivement jusqu'à ne plus couvrir que les gros désordres la dixième année. La réalité est plus abrupte. La garantie de parfait achèvement s'arrête net au bout d'un an, sans transition. La biennale s'arrête net au bout de deux ans. Seule la décennale continue, et elle ne reprend pas ce que les deux premières laissent tomber : elle a toujours eu son propre critère, la gravité du désordre, indépendamment de la durée écoulée. Un défaut mineur, encore réparable sans discussion la première semaine, peut donc devenir totalement irréparable au sens des garanties légales dès la deuxième année, sans qu'aucune loi n'ait changé entre-temps. Comprendre cette mécanique évite l'erreur la plus fréquente : chercher une garantie unique qui suivrait le désordre du début à la fin, alors qu'il faut au contraire se demander, à chaque instant, laquelle des trois est encore ouverte et laquelle est déjà fermée.

C'est exactement la situation d'un carrelage qui se décolle trois ans après la réception. Deux des trois garanties sont déjà closes au moment où le désordre apparaît. Reste la décennale, qui pose une question différente de celle du délai : ce désordre compromet-il la solidité de l'ouvrage, ou le rend-il impropre à sa destination ? La réponse ne se lit pas sur le carrelage lui-même, mais sur ce qui se trouve dessous — nous y revenons plus loin.

La garantie de parfait achèvement : un an, tout défaut, aucune condition de gravité

Le second alinéa de l'article 1792-6 du Code civil oblige le constructeur à réparer tous les désordres signalés par le maître de l'ouvrage, soit par des réserves mentionnées au procès-verbal de réception, soit par une notification écrite pour ceux qui apparaissent après coup, pendant l'année qui suit. Le texte ne distingue pas selon la nature du désordre ni selon sa gravité : un défaut de peinture, un joint mal fini, une porte qui ferme mal, un carrelage posé de travers entrent tous dans son champ, au même titre qu'un désordre plus sérieux. C'est la garantie la plus large dans son objet, et la plus courte dans sa durée. Le formalisme reste volontairement léger : une réserve mal rédigée au procès-verbal, du moment qu'elle identifie le désordre et sa localisation, suffit à conserver le bénéfice de la garantie pour l'année qui suit.

Elle n'a d'ailleurs pas la même nature qu'une assurance. La garantie de parfait achèvement est une obligation personnelle du constructeur envers le maître d'ouvrage, pas un contrat souscrit auprès d'un assureur au sens où l'est la décennale. C'est l'entreprise elle-même qui revient reprendre ce qu'elle a mal fait, sur ses propres deniers ou sa propre main-d'œuvre, sans intervention systématique d'un assureur. Aucun texte n'impose une police d'assurance dédiée à cette garantie : elle repose sur la solvabilité et la bonne volonté du constructeur, ce qui explique pourquoi elle devient sans valeur pratique si l'entreprise a disparu entre-temps. Un maître d'ouvrage prudent vérifie donc, avant de signer un marché avec une petite structure, sa solidité financière autant que ses références techniques : c'est elle, et non un assureur, qui devra revenir sur le chantier.

Cette garantie exclut ce qui relève de l'usure normale ou d'un défaut d'entretien imputable à l'occupant, et surtout, elle se referme intégralement au terme de l'année, quelle que soit la date à laquelle le désordre a été signalé. Un désordre notifié le onzième mois reste couvert ; le même désordre, découvert et signalé treize mois après la réception, ne l'est plus au titre du parfait achèvement, même s'il existait déjà en germe la première année sans avoir encore été visible.

La garantie de bon fonctionnement : deux ans, réservée aux équipements dissociables

L'article 1792-3 du Code civil ouvre une garantie de deux ans pour les autres éléments d'équipement du bâtiment, ceux que l'on qualifie de dissociables de l'ouvrage. La distinction avec les éléments indissociables, posée par l'article 1792-2, tient à une question simple : peut-on déposer, remplacer ou réparer cet élément sans détériorer ou enlever de la matière au support sur lequel il est fixé ? Un radiateur, un volet, une porte intérieure, un chauffe-eau, une robinetterie répondent oui à cette question : on les change sans toucher au gros œuvre. Une chaudière murale, un interrupteur, un lave-linge fourni et raccordé par l'entreprise entrent dans la même catégorie. Ce sont eux, et eux seulement, que couvre la biennale.

Le carrelage pose ici une difficulté que beaucoup d'entreprises et de maîtres d'ouvrage tranchent mal. Un revêtement de sol collé sur une chape n'est pas un équipement que l'on démonte pour le remplacer sans rien abîmer : il fait corps avec le support, et sa dépose implique nécessairement une intervention sur ce support. En pratique, il est donc rarement traité comme un élément d'équipement dissociable au sens de l'article 1792-3, ce qui écarte la biennale de la discussion, y compris pour un désordre apparu avant l'expiration des deux ans.

Cette garantie ne pose pas davantage de condition de gravité que la garantie de parfait achèvement : un volet qui grince ou un chauffe-eau qui tombe en panne entrent l'un et l'autre dans son champ, dès lors que le délai de deux ans n'est pas dépassé. Mais elle se referme tout aussi nettement à son terme. Passé les deux ans, seule la décennale reste ouverte, et elle ne recueille pas automatiquement ce que la biennale laisse tomber : encore faut-il que le désordre franchisse son propre seuil de gravité.

La garantie décennale : dix ans, mais seulement pour les désordres graves

L'article 1792 du Code civil pose le principe central de toute la construction : le constructeur répond envers le maître d'ouvrage, sans que celui-ci ait à démontrer une faute, dès lors qu'un dommage atteint la solidité du bâtiment ou le rend inutilisable pour l'usage auquel il était destiné. L'article 1792-2 étend cette même présomption aux éléments d'équipement qui font corps avec l'ouvrage, ceux que l'on ne peut retirer sans endommager le support auquel ils sont fixés. C'est la seule des trois garanties qui atteint la troisième, la cinquième ou la neuvième année après la réception — mais c'est aussi la seule qui exige de franchir un seuil de gravité, et non simplement un délai.

Revenons au carrelage décollé trois ans après la réception. La question qui compte n'est pas la surface visible du désordre, mais sa cause et son étendue réelles. Un carreau isolé qui se décolle dans un couloir, sans conséquence sur l'usage des lieux, atteint difficilement le seuil de la décennale : ce n'est ni un défaut de solidité, ni une impropriété à destination. À l'inverse, un décollement généralisé qui touche une salle d'eau, révèle un défaut d'étanchéité sous-jacent ou s'accompagne d'infiltrations vers la structure change complètement de nature : ce n'est plus un problème de carrelage, c'est un défaut du support ou de l'étanchéité qui se manifeste par le carrelage, et qui, lui, peut tout à fait relever de la décennale. Le même raisonnement vaut pour une fissure, un défaut d'aplomb ou une infiltration : c'est toujours la conséquence sur la solidité ou sur l'usage normal des lieux qui doit être démontrée, jamais la seule apparence du désordre.

C'est pourquoi il ne faut jamais s'arrêter au symptôme visible pour qualifier un désordre. Avant d'écrire à qui que ce soit, faites établir la cause exacte — par un expert amiable, ou dans le cadre d'une expertise judiciaire si le désaccord persiste. C'est cette cause, et non l'aspect du carrelage, qui décidera si l'assurance décennale du carreleur ou de l'entreprise générale peut être mobilisée, et c'est elle que l'assureur décennal examinera en premier lieu s'il est saisi. Gardez aussi à l'esprit que la charge de la preuve pèse sur le maître d'ouvrage : c'est à lui de démontrer que le seuil de gravité est atteint, et non à l'entreprise de démontrer le contraire.

Comment identifier la bonne garantie sans perdre de délai

Face à un désordre qui apparaît après la réception, commencez toujours par la même méthode. Notez la date exacte de la réception : c'est le point de départ unique des trois délais. Relisez le procès-verbal pour vérifier si une réserve correspondante y figure, ou recherchez la date de votre première notification écrite si le désordre est apparu après coup. Qualifiez ensuite le désordre : s'agit-il d'un équipement qui se démonte sans toucher au bâti, d'un élément indissociable de l'ouvrage, ou d'un désordre qui touche à la solidité ou à l'usage normal des lieux ?

Dans les situations où la qualification hésite entre deux garanties, ou où le délai de l'une expire dans les jours qui viennent, ne cherchez pas la certitude avant d'écrire. Adressez une notification écrite à l'entreprise au titre du parfait achèvement si le délai d'un an n'est pas expiré, et signalez en parallèle le désordre à l'assureur décennal si un doute existe sur sa gravité réelle. Un courrier envoyé par prudence ne coûte rien ; un délai laissé filer parce que la qualification restait incertaine coûte, lui, la garantie tout entière. Précisez dans chaque courrier que l'envoi est fait à titre conservatoire, sans préjuger de la qualification finale : cette formule, simple, évite qu'on vous oppose plus tard une reconnaissance implicite d'un régime plutôt qu'un autre.

Aucun de ces trois délais ne se suspend pendant que vous réfléchissez à la bonne qualification. Faites confirmer la cause du désordre par un professionnel dès que possible, gardez une trace écrite de chaque échange, et, en cas de doute persistant sur la garantie applicable, faites-vous accompagner par votre courtier ou par un expert avant que l'un des trois compteurs n'arrive à zéro.

La démarche, étape par étape

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    Notez la date de réception, point de départ unique

    C'est elle, et elle seule, qui fait courir les trois délais. Retrouvez le procès-verbal ou, à défaut, tout document permettant de dater précisément l'acceptation de l'ouvrage.

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    Relisez le PV : réserves, ou notification écrite dans l'année

    Vérifiez si une réserve correspond déjà au désordre constaté. Si le désordre est apparu après la réception, recherchez la date de votre première notification écrite à l'entreprise : c'est elle qui compte pour le parfait achèvement.

  3. 3

    Qualifiez le désordre avant d'agir

    Demandez-vous s'il s'agit d'un équipement dissociable, d'un élément qui fait corps avec l'ouvrage, ou d'un désordre touchant à la solidité ou à l'usage normal des lieux. Cette qualification, plus que le délai écoulé, décide de la garantie mobilisable.

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    Écrivez avant l'expiration du délai qui vous semble applicable

    En cas de doute entre deux garanties, écrivez aux deux interlocuteurs concernés — l'entreprise et l'assureur décennal — en précisant que l'envoi est fait à titre conservatoire, sans préjuger de la qualification finale.

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    Faites établir la cause exacte avant de vous arrêter au symptôme

    Sollicitez un expert amiable ou judiciaire si la gravité du désordre est discutée. C'est la cause réelle, pas l'aspect visible, qui déterminera si la décennale peut être mobilisée.

Questions fréquentes

Un carrelage qui se décolle trois ans après la réception est-il couvert par une garantie ?

Cela dépend entièrement de la cause et de l'étendue du désordre, jamais de sa seule apparence. À trois ans, la garantie de parfait achèvement et la garantie de bon fonctionnement sont toutes deux expirées, la première parce qu'elle ne dure qu'un an, la seconde parce qu'elle ne dure que deux ans et ne concerne de toute façon que les équipements dissociables, catégorie dans laquelle un carrelage collé n'entre pas. Reste la décennale, qui exige un désordre compromettant la solidité ou l'usage normal des lieux. Un carreau isolé qui se décolle sans autre conséquence n'atteint généralement pas ce seuil ; un décollement généralisé révélant un défaut d'étanchéité ou provoquant des infiltrations peut, lui, en relever. Faites établir la cause exacte avant de conclure.

Que faire si je n'ai pas émis de réserves à la réception pour ce désordre ?

L'absence de réserve au procès-verbal n'est pas nécessairement fatale. La garantie de parfait achèvement couvre aussi les désordres révélés après la réception, à condition de les notifier par écrit à l'entreprise dans l'année qui suit : la réserve au procès-verbal n'est qu'une des deux voies possibles, la notification écrite ultérieure en est une autre, à égalité de valeur. Passé un an, en revanche, ni l'une ni l'autre ne suffit plus : seule la décennale reste mobilisable, et elle est en principe réservée aux désordres qui n'étaient pas apparents au moment de la réception.

Qui répare pendant la garantie de parfait achèvement : l'entreprise ou son assurance ?

L'entreprise elle-même, en principe. La garantie de parfait achèvement est une obligation personnelle du constructeur envers le maître d'ouvrage, et non une garantie que la loi imposerait de faire assurer par une police dédiée, à la différence de la décennale. C'est donc la solvabilité et la disponibilité de l'entreprise qui conditionnent, en pratique, l'efficacité de cette garantie : si elle a cessé son activité entre la réception et la découverte du désordre, il n'existe généralement pas d'assureur à solliciter à ce titre, à la différence de la décennale dont l'assurance obligatoire continue de répondre même après la disparition de l'entreprise.

Un radiateur tombe en panne deux ans et demi après la réception, est-il couvert ?

Non, en principe, au titre des garanties légales spéciales. La garantie de bon fonctionnement, qui couvre les éléments d'équipement dissociables comme un radiateur, s'arrête net à deux ans à compter de la réception : passé ce délai, elle ne joue plus, quelle que soit la cause de la panne. Reste la décennale, mais elle suppose que la panne compromette la solidité de l'ouvrage ou le rende impropre à sa destination — ce qu'une panne de radiateur isolée n'atteint pratiquement jamais. Ce type de panne relève alors, le cas échéant, d'une garantie commerciale du fabricant ou d'un contrat d'entretien, pas d'une garantie légale de construction.

Puis-je encore agir si l'entreprise qui a construit a disparu depuis ?

Cela dépend de la garantie concernée. Pour un désordre relevant du parfait achèvement ou de la biennale, la disparition de l'entreprise vous prive en général de tout recours, faute d'assurance obligatoire adossée à ces garanties. Pour un désordre relevant de la décennale, en revanche, l'assurance de responsabilité décennale de l'entreprise continue de répondre pendant toute la durée des dix ans, indépendamment de la survie de l'entreprise elle-même. Si, en tant que maître d'ouvrage, vous aviez souscrit une assurance dommages-ouvrage, elle préfinance la réparation d'un désordre décennal sans attendre d'avoir identifié ou retrouvé un responsable solvable.

Publié par Evolitis Assurances, courtier en assurances immatriculé à l'ORIAS sous le n° 24000431.

Sources

Cet article présente le cadre général applicable. Il ne remplace pas l'examen de votre situation : vos garanties dépendent des conditions particulières de votre contrat.